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Décès d’Henry Bauchau


Henry Bauchau nous a quittés

Il s’incline, elle le suit jusqu’à la porte et regarde sa haute silhouette qui s’éloigne. Elle pense : « Que de forces sont en lutte dans cet homme. » Œdipe sur la route

Henry Bauchau nous a quittés ce 21 septembre. Il aurait eu cent ans le 22 janvier 2013. Il est parti doucement dans son sommeil. Nous voilà « dans le champ du malheur ».

Ses poèmes aussitôt nous viennent en aide, ils viennent « planter leur objection ». Oui, la noble figure de cet écrivain si grave, si profond, désormais nous manquera cruellement. Mais son œuvre nous est donnée comme un trésor inépuisable.

Merci à vous, Henry Bauchau, d’avoir été cet écrivain par espérance. D’avoir osé toucher nos joies et nos douleurs secrètes, d’avoir peuplé de mots nos jardins intérieurs. Pour nous, la route continue et vous y êtes, encore et toujours, avec nous.

L’équipe du Fonds Henry Bauchau de l’U.C.L.


Funérailles d’Henry Bauchau

Christian et Marianne Bauchau,

Patrick et Mijanou Bauchau,

ses fils, et belles-filles,

ses petits-enfants Camille et Rodolphe Bauchau et

sa compagne Marilyne Dubuis,

Marine et Oscar, ses arrière-petits-enfants,

Jean-Pierre Henin, son beau-fils,

Pierre-Jérôme et Pauline Henin et leurs enfants Virgile et Rose,

Jean-François La Bouverie,

Marie-José Vasconcelos, Enzo Reyes,

Anouck Cape et Sophie Lemaitre,

Gérard Priault,

les familles parentes, alliées et amies

ont la tristesse d’annoncer la mort de

Henry BAUCHAU

écrivain

membre de l’Académie de langue et de littérature françaises de Belgique,

commandeur de l’Ordre des Arts et Lettres,

chevalier de la Légion d’Honneur

officier de l’Ordre de la Couronne de Belgique,

survenue à l’âge de 99 ans le 21 septembre 2012.

Un hommage funèbre avec bénédiction lui sera rendu le vendredi 28 septembre à 14h30 à la Coupole du cimetière du Père-Lachaise (Paris, 20ème).

Cet avis tient lieu de faire-part.

17 rue Général Leclerc

78430 Louveciennes.

Avenue des Toises 2

CH-1005 Lausanne


Hommage à Henry Bauchau

L’annonce du décès d’Henry Bauchau a suscité de nombreuses réactions dans les médias belges et français, indice d’une notoriété qu’il s’était constituée dans l’ombre, au fil de la plume, par son patient travail d’écriture. Annoncée par la plupart des quotidiens et des hebdomadaires sur leur site (Nouvel Obs, Le Monde, Le Soir…), la triste nouvelle fut également relayée dans les différentes éditions des journaux télévisés des deux grandes chaînes de télévision belges (RTL-TVi et RTBF).

Plusieurs quotidiens consacrent dans leur édition papier de ce samedi 22 septembre une belle place à l’écrivain : Libération, Le Figaro, qui évoque une œuvre « traversée par une forte interrogation existentielle » (p. 33), ou encore le journal néerlandophone De Standaard, qui souligne un travail mêlant mythologie et histoire, fantaisie et réalité (p. 16), et rappelle les belles traductions néerlandaises de Kris Lauwerys (prix Henry Bauchau 2008) du Boulevard périphérique et de L’Enfant bleu.

Parmi les quotidiens belges francophones, L’Avenir, Le Soir et La Libre Belgique, retracent le parcours de vie et le chemin littéraire de cet « Orphée des lettres » (Le Soir, p. 39). En outre, La Libre Belgique, qui consacre pas moins de quatre pages à l’auteur qu’elle place en Une de son édition, et Le Soir publient tous deux l’hommage rendu par le Professeur Myriam Watthee-Delmotte, spécialiste de l’œuvre d’Henry Bauchau, directrice de son Fonds d’archives à l’Université catholique de Louvain, et amie de ce doyen des Lettres belges à propos duquel elle rappelle que « Les voix profondes ne s’éteignent pas » (La Libre Belgique, p. 54) :

Henry Bauchau, le doyen des lettres belges et l’un de ses auteurs majeurs, vient de nous quitter. Sans bruit, comme il a vécu. C’était un homme de pas feutré, qui se nourrissait de silence et vivait loin des tumultes médiatiques. Un homme né en 1913 : il aurait eu cent ans le 22 janvier prochain ; tout un programme a été prévu pour le fêter, entre autres à l’Académie de langue et de littérature françaises de Belgique dont il est membre depuis 1991, et à l’Université catholique de Louvain où il avait décidé de léguer ses archives pour y créer un Fonds Henry Bauchau en 2006.

Henry Bauchau a écrit jusqu’à son dernier jour. Il voulait, disait-il, « mourir la plume à la main ». Il laisse derrière lui une œuvre capitale et sans équivalent. Il a donné une voix à ce qui reste dans l’ombre de notre société d’action trépidante : la puissance du rêve, la solidité de ce qui s’élabore dans la lenteur. Il a dit, et d’autant mieux dit qu’il l’a vécu, comment l’élan de vie qui peut prendre appui sur le doute et les déchirements. Il a refait une place dans la littérature pour ce qui, depuis trop longtemps, n’y était plus inclus : l’espérance.

Avec Myriam Watthee, à Louveciennes, en juillet 2012 Car il se disait devenu « écrivain par espérance », lui qui n’a publié son premier livre qu’à 45 ans. Jusque-là, la poésie restait son jardin secret ; il écrivait en cachette tant ses rêves que son tourment face à la brutalité du monde. Être né en 1913, cela signifie en effet avoir traversé deux guerres et aussi la cruauté sans nuance des après-guerres. La vie d’Henry Bauchau a été faite de lignes brisées qu’il a toujours réussi à surmonter à force d’endurance et d’espoir, jusqu’à cette incroyable vitalité qui le faisait continuer à écrire à l’aube de son centenaire. La psychanalyse a été un déclencheur fondamental pour lui, et c’est dans la maturité avancée que s’est déployée son œuvre, nécessairement en décalage d’une ou deux générations avec le peloton des écrivains de son temps, pas dans le ton de son époque. Or il n’est pas en retard, mais en avance : la vie, il l’a déjà traversée quand il commence son œuvre, et ce qu’il y met n’est pas une matière brute, mais le produit d’une lente recherche de l’essentiel.

Henry Bauchau n’a donné dans aucune mode : il a été « simplement » lui-même, mais en disant l’acharnement du combat que représente ce « simplement », et c’est en cela qu’il nous touche. Il ne nous a pas invités à nous affirmer, mais à résister aux puissances qui nous avalent : les attentes familiales, la tyrannie des affaires, le poids du politique, les œillères du culturellement correct… Avec des mots désarmants de simplicité, il a rétabli des valeurs jugées obsolètes comme la patience ; il a revendiqué le droit à l’ignorance et l’inquiétude, contre les technocrates du tout-savoir. Il nous a aussi remis en lien avec nos racines oubliées, car le mythe antique, sous sa plume, nous a tout à coup parlé d’aujourd’hui : son Œdipe errant dans l’exil, son Antigone rebelle, Polynice qui règne sans royaume, Ismène qui se tait parce qu’elle protège un enfant, ce sont des parts de nous-mêmes qu’ils mettent à l’avant-plan. Et surtout, dans chacune de ses œuvres, à côté de la présence massive des puissants, Henry Bauchau a donné la parole aux fragiles, aux lents, aux déclassés. Il a voulu « dans le champ du malheur, planter une objection ».

Cette voix si chère à tant de lecteurs, si singulière dans le tremblement de ses presque cent ans, aujourd’hui s’est tue. Mais comme l’Antigone de son roman, elle va continuer à nous parler à travers ses livres, et d’autres voix s’en empareront pour porter plus loin ce qu’il a fait. Cette semaine même se donne à La Chaux-de-Fonds l’opéra de Pierre Bartholomée dont il a écrit le livret. Comme l’Œdipe de son roman, Henry Bauchau est maintenant « encore, toujours sur la route ».

Myriam Watthee-Delmotte

Directrice de recherches du FNRS & Professeur à l’Université catholique de Louvain

Membre de l’Académie royale de Belgique

Directrice scientifique du Fonds Henry Bauchau de l’UCL

Nombreux sont les hommages rendus à l’écrivain belge. Autant de manifestations aussi bien individuelles, que collectives ou institutionnelles, et qui toutes rendent compte de la profonde inscription d’Henry Bauchau dans le paysage artistique contemporain : plusieurs blogs font part de l’émotion que suscite l’annonce du décès d’Henry Bauchau, considéré par beaucoup comme un écrivain qui a marqué leur vie de manière irréversible ; la revue littéraire Remue.net témoigne à son tour sous la plume de Yun Sun Limet ; la Maison de la Poésie à Paris signale l’organisation d’une soirée spéciale consacrée à l’auteur le 29 septembre prochain (informations) ; et la chaîne de télévision belge La Trois annonce la rediffusion ce lundi 24 septembre 2012, vers 22h40, de l’émission Noms de dieux, qui avait été consacrée à Henry Bauchau en 1998.

- À écouter, du 1er au 5 octobre 2012, une rediffusion d’une série d’À voix Nue (France Culture) : une enfance belge, les guerres, les chemins de l’œuvre, le peuple des mots et l’exigence d’écriture. Par Catherine Pont-Humbert. Informations. On trouvera également, à la même adresse, sur le site de France Culture, l’hommage rendu par Marie Richeux à Henry Bauchau (dans l’émission Pas la peine de crier), ainsi que le portrait que dresse Mathieu Laurent de l’écrivain dans le journal de 18h du 21 septembre.

- Noms de dieux : Hommage à Henry Bauchau. Lundi 24 septembre 2012 vers 22h40 sur La Trois (première diffusion le 23 janvier 1998). Présentation-Production : Edmond Blattchen ; Réalisation : Jacques Dochamps. Une production de l’unité des Magazines culturels de la RTBF. Informations.

- Ce samedi 29 septembre à 17 heures, La Librairie francophone, émission de France Inter présentée par Emmanuel Khérad, rendra hommage à Henry Bauchau. À cette occasion, l’émission fera revivre à ses auditeurs le dernier grand entretien de l’écrivain, qui était venu dans le studio de La Librairie francophone pour la sortie de son livre Déluge (2010). Informations.


Une « voix faite pour parler au cœur de tous et traverser le temps » : le Centenaire Henry Bauchau

« Est-ce que le courage n’est pas de continuer à vivre malgré tout ? », s’interroge Antigone dans la grotte, seul lieu désormais autorisé à accueillir l’écho de son cri. Sans doute. Et sans doute ce courage est-il celui de l’espérance, celle-là même qui fait dire à Clios que parce qu’« Antigone a décidé d’habiter ce lieu, avec nous, elle ne va pas disparaître ».

Henry Bauchau, à l’instar d’Antigone, qu’il aimait tant, a habité ce monde en poète, et il l’a habité avec nous, faisant de son écriture une parole vive. Maintenir cette parole vive, faire résonner cette écriture au cœur du monde d’aujourd’hui, tel est le désir du Centenaire à venir.


Le fonds Henry Bauchau dépend de la Faculté de philosophie et lettres de l’Université catholique de Louvain
1, place Blaise Pascal, 1348 Louvain-la-Neuve (Belgique) - tél. +32 (0)10 47 91 90 - fax +32 (0)10 47 25 79 - dernière mise à jour le 28 novembre 2016