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Monographies


- Corina Bozedean, Henry Bauchau. Une poétique du minéral, Paris, Honoré Champion, 2017.

Bozedan

Dans l’univers imaginaire d’Henry Bauchau, la présence récurrente du minéral semble consonner à première vue, par ses propriétés de froideur et de silence, avec une thématique de la rupture et de la séparation. Mais, dès son premier roman La Déchirure (1966), où la figure de la Grande Muraille convoque deux valeurs opposées, les images du minéral tissent des rapports complexes avec d’autres thématiques au sein de l’œuvre.

Surgi du dialogue étroit avec le cosmos et de l’inscription dans les problématiques de son époque, l’imaginaire du minéral apparaît chez Henry Bauchau structuré selon les principes de la complémentarité et de la réversibilité. Par son ambivalence constitutive, loin de contrarier les notions de cohérence et d’unité, il participe pleinement à leur quête.

- Matthieu Dubois, Voie de la plume, voie du sabre. Le corps-à-corps poétique chez Bauchau, Dotremont et Bonnefoy, Bruxelles, Peter Lang, « Comparatisme et Société », 2015.

L’ouvrage se propose d’évaluer l’imprégnation de l’Extrême-Orient dans la littérature française d’après-guerre par l’étude de l’esthétique poétique de trois écrivains emblématiques de leur génération : Henry Bauchau, Christian Dotremont et Yves Bonnefoy. On observera comment leurs œuvres relèvent d’un imaginaire sino-japonais syncrétique, qui leur permet d’interroger une certaine pratique de l’écriture afin de développer un usage performatif du langage.

En particulier, cet imaginaire permet de saisir différents aspects du rayonnement de l’Extrême-Orient relatifs à la place du corps dans la création. Il invite à considérer l’impact des arts martiaux orientaux – progressivement intégrés dans la culture européenne – à l’égard des représentations et des valeurs associées à l’Asie. L’enjeu de cette étude est alors de comprendre la spécificité de ces œuvres majeures de la production poétique française contemporaine, marquées par cette culture éloignée, en regard de la pensée de la création comme geste et comme présence, telle qu’un art martial les met en œuvre en son propre lieu.

L’analyse comparative et différentielle des trois œuvres fera apparaître, outre leur singularité, un horizon commun concernant une requalification des enjeux de l’écriture poétique pouvant ouvrir à un enrichissement de l’existence et, ainsi, à un mieux-être

- Régis Lefort, Étude sur la poésie contemporaine. Des affleurements du réel à une philosophie du vivre, Paris, Classiques Garnier, « Études de littérature des XXe et XXIe siècles », 2014.

Cet essai envisage le corps comme le lieu méditatif du poème où se joue l’appréhension du réel. La comparaison entre le poème et la danse est un de ses points récurrents. Puisant chez François Jullien, il met aussi en évidence que ce qui se livre du réel ne le peut que selon le phénomène de l’affleurement.

- Jérémy Lambert, Henry Bauchau, une poésie de l’existence, Amay, L’Arbre à paroles - Midis de la Poésie, 2015.

« Survient un son, un rythme, une image, une intuition et j’ai soudain le désir, l’espérance d’écrire un poème. Je m’avance dans la pesanteur et la limpidité des mots, j’entre dans leur jeu [et] je m’aperçois que le poème m’a maintenu pendant ce temps sous l’action et le pouvoir d’une dépendance amoureuse. »

Comment, selon les mots de Hölderlin, « habiter le monde en poète » ? C’est l’expérience à laquelle nous convie l’œuvre d’Henry Bauchau.

- Philippe Willemart, Psicanálise e Teoria Literária. O Tempo Lógico e as Rodas da Escritura e da Leitura, São Paulo, Editora Perspectiva, « Estudos », 2014 (ouvrage en portugais).

Comment allier l’inspiration, la tradition, la culture et l’invention, d’une part, le réel, la rature et le manuscrit, d’autre part ? La « roue de l’écriture » aide à comprendre les relations entre ces concepts à partir de l’étude des manuscrits. Qu’il soit artiste ou écrivain, l’homme est toujours au centre ; il est, cependant, davantage subjugué que sujet, plus ouvert aux découvertes que planificateur. Tel Œdipe, il est l’artiste suppliant face au langage choisi et non plus le régent d’une écriture instrumentale, le scripteur de fait qui se fera auteur. C’est ce qu’étudie dans ce livre Philippe Willemart, par le biais des théories littéraires et psychanalytiques, à partir des manuscrits de Marcel Proust et d’Henry Bauchau.

- Michele Mastroianni, La Déchirure di Henry Bauchau. Una rappresentazione della madre : allegoria dell’incontro e dell’elaborazione poetica, Alessandria, Edizioni dell’Orso, 2013.

La Déchirure est le roman par lequel Henry Bauchau élabore l’un des noyaux idéologiques et narratifs figurant parmi les plus importants de la littérature contemporaine. L’auteur reprend, dans sa structure générale, le modèle de ces livres de deuil qui représentent en quelque sorte l’une des isotopies des plus significatives du genre des livres des mères. Dans ce récit sur les derniers jours de vie de la mère de Henry Bauchau, il n’y a pas seulement les mémoires de jadis qui surgissent – par le biais d’une reprise narrative du passé auquel l’actualité du présent est rapportée – mais aussi des images du vécu qui, se superposant les unes aux autres, finissent par se fondre et se confondre dans le tissu diégétique. Ainsi, surtout ce qui devrait fonctionner comme un mécanisme de remémorisation devient l’expression d’une réalité qui ressortit de l’inconscient. En particulier, l’histoire du rapport mère/fils, reconstituée par fragments dans l’écriture du roman, devient le substrat d’une analyse psychanalytique récupérée du passé de l’auteur.

Michele Mastroianni étudie la genèse, la structure et le sens de cet ouvrage et introduit à un discours poétique, en essayant de dresser un itinéraire interprétatif qui concerne La Déchirure, mais aussi l’œuvre d’Henry Bauchau, dont il étudie les intersections diégétiques et les interférences de différents langages.

- Myriam Watthee-Delmotte, Henry Bauchau. Sous l’éclat de la Sibylle, Arles, Actes Sud, 2013.

Pour dévoiler les arcanes de l’œuvre d’Henry Bauchau, il fallait une observatrice rompue aux sortilèges de la fiction, aux ressources de la biographie et au déchiffre­ ment du mythe personnel de l’auteur. Voilà pour­ quoi Myriam Watthee­Delmotte emprunte à la Sibylle (personnage essentiel de l’imaginaire de Bauchau) sa perspicacité légendaire. Mais l’universitaire n’est pas en reste, qui connaît de longue date le parcours de Bauchau et dirige le fonds dépositaire de ses archives. Cette ap­ proche plurielle amène à une relecture où la vie et l’œuvre s’éclairent l’une par l’autre, où les grands thèmes se révèlent, où les composantes diverses de la création (poétique, dramaturgique, romanesque, analytique, picturale) prennent place dans une cosmogonie fasci­nante.

À de nombreux lecteurs les livres de Bauchau se sont imposés dans leur mystérieuse alchimie de profondeur et de transparence. La toute récente disparition de l’écri­ vain, à près de cent ans (1913­2012), rend plus que jamais essentielle la publication de l’essai que voici.

Compte rendu : Bozedean C., dans Caietele Echinox (Cluj-Napoca), n° 24, 2013, pp. 296-297 ; Jean-Pierre Jossua, « Bulletin de théologie littéraire », dans Revue des sciences philosophiques et théologiques, t. 98, 2014/1, pp. 155-188 (en particulier pp. 178-180).

- Okou Zéphyrin Dagou, L’œuvre de Bauchau à la croisée des continents : Europe, Afrique, Amérique. L’évasion du voyage et l’imaginaire africain de l’écrivain Bauchau. Mythes, cultures et anthropologie, Frankfurt am Main, Peter Lang, « Sprachen - Literaturen - Kulturen. Aachener Beiträge zur Romania », 2012.

Le travail d’écriture qu’Henry Bauchau a entrepris depuis les années trente jusqu’à nos jours a contribué à voir émerger un champ de recherche en plein essor : l’œuvre de cet écrivain convoque des compétences diverses, dans des disciplines aussi variées que l’an- thropologie, l’analyse littéraire, les arts du spectacle, les sciences politiques ou les sciences sociales. Au regard des principaux travaux et de propres recherches, ces critères permettent de saisir la réalité de l’œuvre de cet écrivain et ne sont pas complètement exempts d’inter- prétations d’ordre idéologique, culturaliste, humaniste et social. D’où l’intérêt de considérer ses œuvres non pas comme de simples productions artistiques ou littéraires, mais également d’en restituer les processus d’émergement et de création, d’énonciation et de représentation, dans le souci de mettre en lumière l’unité souterraine de ces différentes œuvres. Cette étude s’est attelée à monter quel est l’intérêt de poursuivre dans cette voie.

- Émilienne Akonga Edumbe, De la déchirure à la réhabilitation, Bruxelles, Peter Lang, « Documents pour l’histoire des francophonies / Europe », 2012.

Emilienne Akonga Edumbe

Intégrant les essais et le théâtre, mais portant une attention particulière aux poèmes et aux récits, Émilienne Akonga démontre et démonte l’emprise des figures, situations et hantises qui se retrouvent tout au long de la production du poète d’Heureux les Déliants. Elle en montre la présence et la permanence, l’évolution et les variations jusqu’à la composition de l’oeuvre qui incarne par excellence, chez Bauchau, la réhabilitation, la reconnaissance et la transformation du personnage déchu, apparemment perdu : OEdipe sur la route invention qui permit ensuite l’émergence en majesté d’une figure féminine singulière, Antigone. Sans nier ni leur enracinement ni leur origine, ce livre met la focale sur ce qu’apportent aujourd’hui les textes d’Henry Bauchau, mais aussi sur ce que fut et ce qui fit leur creuset : le long travail d’engendrement d’un au-delà de l’Histoire bancale de l’Occident. Consacré aux formes du passage de la déchirure à la réhabilitation dans cet univers fictionnel, le parcours critique de ce livre dans les diverses facettes de l’oeuvre aide à comprendre en quelles profondeurs plonge cette très contemporaine odyssée. Analyse minutieuse nouée dans un renvoi-enracinement constant au vécu d’une femme africaine née à l’heure de la décolonisation, cet essai illustre l’attention portée par la critique congolaise à la figure d’Antigone telle que l’écrivain belge l’a réinventée. Sans jamais dériver vers les formes d’annexion ou de plaquage qui ont hypothéqué certains travaux engagés, ce livre essentiellement consacré au corpus des années 1950-2000 rappelle la condition dépendante et mutilée qui découle de la colonisation, dont Bauchau parle dans Le Régiment noir, comme la confrontation contemporaine aux certitudes patriarcales.

- Benoît Robin, Henry Bauchau, Dossiers L, Arlon, Service du Livre Luxembourgeois, 2011.

- Jean-Pierre Jossua, La passion de l’infini. Littérature et théologie. Nouvelles recherches, Paris, Éditions du Cerf, « Théologies », 2011.

La passion de l'infini

Ce que l’auteur appelle théologie littéraire, c’est à la fois une lecture théologique de la littérature — qu’elle soit née d’écrivains croyants ou agnostiques — pour en déceler la quête d’absolu, les affinités et les différences avec le christianisme, et une écriture littéraire de la foi et de la réflexion chrétiennes. C’est plus précisément sur le premier de ces versants que se situe le présent ouvrage où, en vingt-cinq études portant sur des auteurs majeurs, Jean-Pierre Jossua fait le point sur l’attitude religieuse de ceux-ci, évoque leur quête et livre l’expérience de l’infini qu’ils ont faite par le seul moyen de la poésie. Citons Leopardi, Kierkegaard et Baudelaire ; Mauriac, Grosjean et Bernanos ; Char, Bauchau et Bonnefoy. À cela s’ajoutent quelques études sur des genres littéraires comme le journal, le roman, les réécritures bibliques, le langage mystique et le langage poétique.

On consultera, notamment, les chapitres 20 et 21.

-  Emilia Surmonte, Antigone, la sphinx d’Henry Bauchau. Les enjeux d’une création, Bruxelles, Peter Lang, « Documents pour l’histoire des francophonies / Europe », 2011.

Henry Bauchau commence son parcours d’écrivain à la suite d’une cure analytique chez Blanche Reverchon Jouve. L’écriture devient ainsi le terrain où se joue un combat dont l’objet est le questionnement et le dévoilement des nœuds problématiques du sujet : un moi « divisé », à la recherche des modalités d’acceptation d’un féminin intérieur vécu très tôt comme une énigme et une « faute originaire ». L’analyse cherche à nouer le fil qui unit l’image d’une « petite fille », présence récurrente dans l’œuvre, et le personnage d’Antigone, comme forme d’un féminin possible. Car sublimé. Il le fait en étudiant par ailleurs les figures de Mérence et de Shenandoah dans les fictions antérieures au cycle thébain. Les enjeux créatifs et stylistiques que Bauchau utilise et expérimente aux plans poétique, narratologique ou énonciatif, sont reconstitués pour retrouver la « parole » d’une histoire humaine et littéraire aux prises avec ce type de fragmentation identitaire et de relation difficile avec la présence intime du féminin. Une attention particulière est portée à la mise à jour des systèmes pluriels de représentation et des formes de « dire détourné » que l’écrivain réalise en mettant en place un réseau de symboles capable d’organiser la matière énigmatique et labyrinthique des significations traversant toute son œuvre. L’étude de l’iconographie, qui enlumine le manuscrit de la première version complète d’Antigone, permet d’ouvrir de nouvelles perspectives sur le dessein de l’auteur à l’égard de son œuvre.

- Sofiane Laghouati, Isabelle Vanquaethem et Myriam Watthee-Delmotte, Henry Bauchau, livre multimedia réalisé à partir des archives du Fonds Henry Bauchau de l’UCL, Bruxelles, La Maison d’à côté, 2009.

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Henry Bauchau
Livre multimedia

Chez Henry Bauchau, la littérature jaillit d’abord de la poésie. Si le public connaît son roman L’Enfant bleu, il ignore peut-être le poème qui en fut la première incarnation, travaillé ensuite par l’expérience psychanalytique — qui fut le déclencheur de son parcours d’écrivain —, par la prose et par le mythe. Cette source poétique n’est pas seulement visible dans sa création mais également dans la correspondance entretenue avec Jean Amrouche, Philippe Jaccottet ou Paul Nothomb, dont des extraits significatifs sont reproduits ici. Outre une analyse de son œuvre coordonnée par Myriam Watthee-Delmotte et une iconographie rare, deux inédits : « Au déliant », un poème d’août 2009, et « Qui est tu ? », une réflexion déjà ancienne qui annonce l’un de ses derniers romans, Le Boulevard périphérique (Prix Inter 2008). Le DVD : Une rencontre passionnante menée par l’écrivain Jean-Luc Outers avec Henry Bauchau en 2004 — Une lecture par Michael Lonsdale et Frédéric Dussenne d’extraits du roman Le Boulevard périphérique, que Jean-Luc Outers restitue dans son contexte — Une lecture par Henry Bauchau d’un passage important de L’Enfant bleu.

Compte rendu dans Jean-Pierre Jossua, « Bulletin de théologie littéraire », dans Revue des sciences philosophiques et théologiques, t. 95, 2011/2, pp. 494-495

- Geneviève Duchenne, Vincent Dujardin et Myriam Watthee-Delmotte, Henry Bauchau dans la tourmente du XXe siècle. Configurations historiques et imaginaires, Bruxelles, Le Cri, « Biographie », 2008.

Né en 1913, Henry Bauchau a traversé le siècle. Il ne publie son premier recueil poétique qu’en 1958. Pourtant, il y a un poète qui s’ignore dans le chroniqueur d’avant-guerre, dans le combattant de 1940, dans le citoyen engagé dans l’action sociale sous l’Occupation ; il y a un être d’action dissimulé dans l’écrivain. Ce sont ces deux pans de la vie de Bauchau qui sont abordés dans ce travail, fruit des efforts conjugués de deux historiens et d’une spécialiste de la littérature contemporaine. Le travail des — bâti sur la base d’archives pour une bonne part inédites —, trouve son prolongement naturel dans l’analyse de la seconde : aucun de des objets, historique et imaginaire, n’est indépendant, et leur corrélation permet d’éclairer un parcours certes singulier, mais inscrit dans une dynamique générationnelle.

- Régis Lefort, L’Originel dans l’œuvre d’Henry Bauchau, préface d’Henry Bauchau, Paris, Honoré Champion, « Bibliothèque de LGC », 2007.

Il s’agit, dans ce livre, d’originel, non pas d’origine, car l’origine s’opposerait à la fin. D’originel en tant qu’une langue est cause de soi. D’originel encore pour sa proximité de sens avec l’oriri latin, un « s’élancer hors de » dans la permanence du mouvement de naître, inachevé, inachevable. L’originel est ici une problématique d’écriture, comme lieu de tensions, comme lieu d’irrésolution, comme un suspens du temps où un sujet apparaissant disparaissant fait l’expérience de ce « Natif / de [ses] ruines surgissantes », emblématique de l’œuvre. Dislocation des personnages, vacuité des voix, lyrisme sans épanchement du sujet, il est question, avec Henry Bauchau, d’habitation poétique.

- Olivier Ammour-Mayeur, Une écriture en résistance, Paris, L’Harmattan, « Structures et pouvoirs des imaginaires », 2006.

Parler d’une « écriture en résistance » à propos d’Henry Bauchau revient à mettre au jour deux éléments qui constituent le ressort intime de son travail créateur : d’une part, la résistance intérieure à l’écriture dont a toujours souffert l’écrivain, et d’autre part, l’émergence de personnages inscrits dans l’ordre d’une « poétique du non », par quoi ils refusent toute compromission, ainsi que d’autres figurations littéraires de la force réfractaires. Les analyses menées dans cet ouvrage se focalisent sur l’œuvre narrative de l’écrivain afin de dégager des lignes de fuite théoriques et critiques quant au « devenir » des protagonistes (d’après la pensée développée par Deleuze et Guattari) et de l’écriture qui leur donne jour. Traversant un champ conceptuel qui s’élabore entre théorie littéraire, philosophie « schizo-analytique » et analyse de l’imaginaire, cet essai souligne l’aspect post-moderne de l’œuvre bauchalienne.

- Olivier Ammour-Mayeur, Les imaginaires métisses. Passages d’Extrême-Orient et d’Occident chez Henry Bauchau et Marguerite Duras, Paris, L’Harmattan, « Structures et pouvoirs des imaginaires », 2004.

L’un des enjeux de ce livre est de dégager une autre vision du monde par l’écriture. Ainsi, les apports asiatiques dans les œuvres de Duras et de Bauchau, loin de reprendre le fonctionnement de clichés exotisants, constituent, au contraire, des apports vitaux de leurs singulières poétiques : autant de clés de lectures que l’analyse s’est efforcée de cerner pour ces œuvres de « déterritorialisation » (G. Deleuze) et de passages. C’est-à-dire pour des oeuvres poreuses, ouvertes à l’étranger. Ainsi, cette étude se propose de relancer certaines interrogations afin de mettre au jour une efficace commune aux deux corpus analysés : divergents mais, grâce à l’intégration des pensées asiatiques, ils montrent une même capacité à remettre en cause le conventionnel de pensées toutes faites sur la question de l’altérité, de la différence sexelle et sur les liens entre ce que l’on continue d’appeler Extrême-Orient et Occident. Les pensées asiatiques ayant une part non négligeable dans la création littéraire de Duras et Bauchau, à quel degré et selon quelles perspectives leur inscription et leur partage permettent-ils de remettre en cause les a priori culturels occidentaux ?

- Geneviève Henrot, Henry Bauchau poète. Le Vertige du seuil, Genève, Droz, « Histoire des idées et critique littéraire », 2003.

Romancier, dramaturge, diariste, essayiste, Henry Bauchau est d’abord poète. Riche des liens qu’elle a tissés avec les genres ainsi côtoyés, son œuvre poétique accompagne et prolonge le cheminement intérieur exposé dans les autres écrits. Interrogeant un demi-siècle de poésie ininterrompue (de Géologie, 1958 à Exercice du matin, 1999), cet essai critique dégage les rôles que l’écrivain attribue aux représentations du seuil — saisi à même le temps, l’espace, le corps et le discours — ainsi qu’à celles des vertiges qui leur sont étroitement associés. Attentives aux formes, aux thèmes et aux motifs qui, d’un recueil à l’autre, en nourrissent l’univers imaginaire, les lectures proposées par Geneviève Henrot sont éclectiques. Notamment redevables de la linguistique textuelle et d’une herméneutique inspirée par la psychanalyse, elles lui permettent d’éclairer habilement l’aventure erratique et féconde d’un poète qui se définit comme « natif de [s]es ruines surgissantes ».

- Myriam Watthee-Delmotte, Parcours d’Henry Bauchau, Paris, L’Harmattan, « Espace littéraire », 2001.

Le parcours littéraire d’Henry Bauchau est un cheminement de cinquante années dans l’espace intérieur d’un imaginaire qui se découvre et se construit au fur et à mesure du travail d’écriture. Cette étude s’attache aux axes majeurs de l’imaginaire mis en œuvre dans le processus de cette métamorphose : la traversée spatiale, le rapport à l’Altérité, la reprise (retour et suture) du mythe antique ; elle montre l’impact de ce projet sur l’écriture et souligne en quoi il rejoint un horizon d’attente contemporain.

- Louis Sarot, Henry Bauchau, Dossiers L, Arlon, Service du Livre Luxembourgeois, 1992.

- Myriam Watthee-Delmotte, Henry Bauchau : Œdipe sur la route, Bruxelles, Labor, « Un livre, une œuvre », 1994.

Démarche résolument singulière dans l’histoire des lettres belges, traduction du malaise occident moderne, articulation nouvelle de l’esthétique et de l’éthique, l’œuvre d’Henry Bauchau est envisagée à travers les cycles qui la composent. Elle apparaît comme un travail d’élucidation personnelle et un parcours des espaces mythiques d’où surgissent la haute figure de Gengis Khan et celle d’Œdipe, que l’auteur découvre « très loin dans son inconscient, comme s’il l’attendait ».


Le fonds Henry Bauchau dépend de la Faculté de philosophie et lettres de l’Université catholique de Louvain
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